Bonjour à tous

Parce que l’AMAP est avant tout un lien vivant entre ceux qui cultivent la terre et ceux qui décident de consommer autrement, nous relayons aujourd’hui la parole de la GAEC PACHAMAMA.

Ce témoignage n’est pas un cri d’alarme isolé. Il est le reflet de ce que vivent la plupart de nos paysans et paysannes cette année. Derrière les chiffres de récolte, il y a des corps fatigués, des nuits trop courtes. Le changement climatique n’est plus une projection lointaine. Il est là. Il touche toutes les productions, toutes les régions, tous les métiers.

L’AMAP n’est pas un simple acte d’achat. C’est un engagement à soutenir une agriculture paysanne, capable d’inventer des réponses même quand les certitudes s’effondrent. Aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes invités à écouter, à comprendre, et à ajuster nos attentes.

Soutenir nos producteurs, ce n’est pas seulement acheter un panier et quelques articles. C’est leur dire : nous voyons ce que vous traversez, nous ne détournons pas le regard, nous ajusterons nos façons de consommer et nous serons là pour les coups durs comme pour les belles récoltes.

Alors lisez ce témoignage. Partagez-le. Et quand vous viendrez chercher vos achats, prenez une minute pour demander à vos producteurs/trices comment ils vont.

A jeudi prochain

A certains moment, le temps semble plus dense, tout est plus lourd. Il est alors encore plus signifiant de prendre la plume pour écrire.

Cette-fois ci la plume à le poids du plomb, tout comme le soleil qui a était ces dernières semaines écrasant, omnipotent, impérieux, terrifiant parfois.

Nous, paysans (et pas que) avions conscience des changements climatiques en cours. Nous avons ces dernières années pu l’éprouver par des épisodes de sécheresses alternant avec des conditions froides et pluvieuses qui ont perturbées notre quotidien.

Cet épisode caniculaire vient renforcer cette expérience, la marquant au fer rouge dans nos corps et dans nos cœurs.

Plus que la sécheresse ce sont les pics de chaleurs qui deviennent ingérable. Sur le GAEC, ils se sont traduits par une maturité groupée de l’ensemble de nos cultures d’hiver. Résultat : 7 cultures à moissonner en même temps. Le thermomètre est monté à plus de 50 degrés en plein soleil, accompagné de vents séchant. Les pailles sont devenues cassantes. Impossible pour notre machine de moissonner après 12H00. Et à cela s’est ajouté des problèmes mécaniques qui n’ont pas arrangés nos affaires.

12 jours consécutifs à s’échiner à rentrer le grain dans les cellules de stockage. La moitié de ces jours sous des températures torrides qui abîment, fatiguent, demande d’aller puiser dans nos stocks d’énergie de quoi continuer, de quoi relever la tête et aller de l’avant. La saison n’est pas finie, nous moissonnons jusqu’en octobre !

Au final les résultats sont globalement positifs. Nous avons de quoi transformer ! Les choix techniques ont été les bons. Il y du blé et du petit épeautre, des lentilles, des lentilles corail. Peu d’orge par contre.

Des points d’interrogations restent suspendus au maigres nuages qui passent sur nos têtes.

Que vont donner les pommes de terres malgré une irrigation continue ? Et les cultures semées au printemps (le tournesol et le sarrasin) ? Ils n’ont pratiquement pas reçu d’eau…

Je témoigne ici de mon vécu. Je ressort épongé de cette période et je cherche où et comment retrouver l’élan de repartir dans la saison.

A la difficulté du travail sous des fortes chaleurs, du manque d’eau, du surplus de travail que cela implique vient s’ajouter les aléas orages...de plus en plus aléatoire. Je m’explique.

Les orages sont des phénomènes qui peuvent être certes violents mais que nous espérons malgré tout durant l’été. Cette année, les couloirs semblent plus localisés et les orages plus forts. Se retrouver au centre d’un couloir orageux signifie prendre le risque de perdre une partie de ses cultures. A seulement quelques kilomètres de chez nous il a pu tomber 40mm en 30 minutes, avec des passages de grêles, abîmant les cultures de certains de nos collègues.

Nous passons donc d’une gestion de manque d’eau à une gestion d’excès d’eau en quelques minutes. La roue de la fortune ou de l’infortune tourne rapidement, trop rapidement.

Entre paysans, les échanges tournent forcément autour de la question climatique. Et une lassitude, une fatigue ressort de ces moments de paroles. Toutes productions confondues.

Autour de nous, les paysages semblent statufiés dans ces auréoles de chaleur. Les écosystèmes qui les composent souffrent terriblement. Le bilan sur la biodiversité risque d’être catastrophique.

Tout cela soulèvent des questions de fonds :

- Comment s’adapter à des changements aussi rapide et intense ?

- Nos métiers demande une implication physique et morale fortes. Comment gérer ces pics de travail sans se mettre dans le rouge, alors même que ces températures nous empêchent de récupérer normalement.

- Comment faire évoluer nos modèles pour qu’ils puissent nous permettre de garder une marge économique/physique/morale pour tenir lors de ces périodes ?

Je suis conscient que ce témoignage peut sembler bien noir. Mais de la couleur jaillit lors des échanges durant des distributions, de la possibilité de parler avec vous et de savoir que vous êtes là, attentifs à ces réalités paysannes que vous participez à faire vivre !

 A bientôt

Yanis

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